François Royet, réalisateur
lui faut cependant se placer aussi en créateur, plein d’ambition pour le film qu’il réalise. Il est à la fois en retrait, s’effaçant derrière son sujet, et aux comman- des d’un rêve qui naît d’une imposante machinerie technique : ces deux aspects du métier de cinéaste sont parfaitement éclairés ici. C’est l’affirmation d’une vision personnelle qui, entre deux époques, deux disciplines artistiques distinctes, crée ici un lan- gage commun. Dans les premiers mots de François Royet sur Cour- bet, l’expression « Ce qui me plaît... » est à entendre au sens fort : c’est son propre goût que le cinéaste défend. Son goût pour l’artiste Courbet, mais aussi, plus généralement, son goût de la beauté. Son idée du cinéma. De la même façon, et plus vivement encore, nous voyons Courbet défendre son idée de la peinture en s’écriant : « A quoi cela sert-il de faire des tableaux à la manière de Raphaël, du Titien, de Véronèse, si ce n’est à montrer notre prétentieuse impuissance à deve- nir nous-mêmes ? » Courbet milite pour une peinture à la première personne, débarrassée des références intimidantes, des modèles contraignants, et Fran- çois Royet lui répond avec un film qui ne se laisse pas impressionner par les spécialistes de Courbet, ni par les règles du cinéma de reconstitution historique : un film à la première personne, singulier. Dans le studio de cinéma improvisé où nous pénétrons, des décors trop sommaires peinent à figurer l’Académie des Beaux-Arts au temps de Napoléon III. Mais ce vaste espace, une ancienne usine avec les vestiges de gran- des verrières, évoque en revanche aisément l’atelier d’un peintre. Un grand atelier comme celui peint par Courbet en 1855, une toile grandiose de 6 mètres sur 3,60 mètres intitulée : « L’Atelier du peintre, allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique ». Dans ce tableau, le temps est donc ramassé, et il l’est aussi dans le filmde François Royet, contraction violente de la vie et de l’œuvre de l’artiste. Là encore, le cinéma fait écho à la peinture. Dans le catalogue de l’exposition où il présentait « L’Atelier du peintre », Courbet avait écrit un texte où il expri- mait ce désir : « être non seulement un peintre, mais encore un homme, en un mot faire de l’art vivant ». En nous donnant à voir, inséparablement, l’homme et le peintre, mais aussi Courbet et son interprète, François Royet signe un film où l’art vit, et qui rend le cinéma vivant.
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