François Royet, réalisateur

La forme de votre film surprend : comment l’avez-vous déterminée ? Ce film est une maquette. Il ne s’agissait pas pour moi de mettre en place une histoire, mais de proposer une vision. Cette forme permet justement d’aborder Courbet sous plusieurs angles, sans avoir peur de créer des contrastes. Comme il est impossible de faire un documentaire sur Courbet, toute reconstitution est forcément une représentation. Alors, j’ai préféré en jouer vraiment. Il y a chez Courbet un élan, une énergie qui sont une invitation à faire du cinéma vivant, presque un film d’aventure. L’aventure de l’art. Ce n’est pas parce qu’on parle de peinture qu’on doit s’adresser à une petite élite de spécialistes. Dans le film, on vous voit dire que vous n’aimez pas les reconstitutions historiques. Mais vous connaissez bien l’époque et la vie de Courbet … C’est la moindre des choses. Je ne voulais pas qu’on tombe dans la reconstitution datée, mais si je dis complètement le contraire de ce qui s’est passé, il vaut mieux que j’invente franchement un personnage. La réalité historique peut être encombrante dans la forme, puisqu’elle entraîne facilement vers le film en costumes classique, mais elle donne aussi des idées. Par exemple, quand le comédien qui joue Courbet parle avec les mots de Courbet, aujourd’hui, on les entend autrement : sa parole a encore un sens pour nous. On dépoussière le personnage et sa voix se met à résonner dans notre propre vie. Le film était-il écrit ou s’est-il improvisé au tournage ? C’est nécessairement au tournage que tout prend forme, et ça a été une expérience forte, quatre jours de rêve dans un élan très agréable. Mais le film était entièrement écrit. Les trois opérateurs qui tournaient en permanence avec les caméras DV avaient le scénario, et ils devaient réaliser des images précises. Comme ils étaient libres de filmer, en plus, tout ce qui leur paraissait beau ou intéressant, je me suis retrouvé avec cinquante heures de rushes au montage. J’ai alors décidé d’oublier le scénario pour organiser cette matière. Mais petit à petit, je suis en fait naturellement revenu à la structure du scénario. Car ce qui fonctionnait vraiment, c’est ce qui avait été écrit, prévu, réfléchi pour la mise en scène. Il faut donner la sensation de liberté, le côté DV brouillon, mais il faut mettre en scène. Comment avez-vous décidé d’apparaître dans le film ? Vous jouez avec votre propre image, vous nous autorisez même à en rire ! Bien sûr, j’espère que c’est assez clair ! Il fallait que le film parle de Courbet et pas de moi, mais j’espérais que ma présence créerait un peu de cocasserie, de légèreté. Pour préparer ce film, j’ai vraiment eu besoin de donner des explications aux techniciens, et ce n’était pas toujours simple, alors je finissais par mimer les scènes et je voyais les membres de l’équipe qui me regardaient un peu éberlués, les bras ballants. C’était une situation assez drôle et je me suis dit que ce serait bien de la faire entrer dans le film. Je suis plutôt timide par nature, alors c’était un peu un défi : fais avec ce que tu es, tu parles un peu n’importe comment mais tant pis, lance-toi, on verra au moins un énergumène qui a envie de faire un film. Après tout, c’est le principal puisque cette maquette doit donner envie de voir le long métrage que je veux réaliser sur Courbet. Entretien avec François Royet Propos recueillis par Frédéric Strauss 15

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