François Royet, réalisateur
décrit le film qu’il va réaliser sur le peintre Gustave Courbet. Pour raconter « l’histoire du combat de cet homme », il cherche « quelque chose de tripal, de sensuel », pas une reconstitution historique traditionnelle. Pendant que le metteur en scène s’enflamme, pris par ses visions, des techniciens montent le décor de l’Atelier des Arts, école officielle de peinture sous Napoléon III. Le repère de l’académisme. Le comédien qui doit interpréter Courbet répète son rôle avec François Royet. Soudain Gustave Courbet fait son entrée dans le décor et soulève une magnifique tourmente, qui emporte l’équipe et nous entraîne, nous spectateurs, jusqu’à une scène d’exécution pendant la Commune. L’élan de la rebellion est brisé, et Courbet jeté en prison. Frédéric Strauss Peinture, cinéma, même combat Séduisant, inventif, original et même déconcertant, Courbet, la tourmente nous entraîne dans l’univers de la pein- ture avec les moyens du cinéma. Ou peut-être est-ce l’inverse. Car l’échan- ge est fructueux entre les deux artistes que nous voyons ici : un peintre et un cinéaste, l’un regardé et l’autre regar- dant, l’un « faisant son cinéma » (c’est Courbet, quel sens de la mise en scène dans tout ce personnage !) et l’autre cherchant comment le dépeindre (c’est Royet, en pleine tourmente créa- trice devant “sa toile” en train de pren- dre forme). A travers ce jeu de miroirs, le cadre est donné : il ne s’agit pas d’un film illustratif, au service de la grande His- toire (dates, circonstances, contexte...), mais d’un dialogue avec la création. Un dialogue neuf, libre, dans lequel, comme les membres de l’équipe du film, nous sommes invités à intervenir. N’avons-nous pas, devant ces images, une furieuse envie d’interpeller Courbet ? Pas de familiarité cependant : le maître garde sa grandeur. Tout en se jetant dans cette aventure Courbet, et en jetant Courbet dans l’aventure de son film, François Royet affirme en effet qu’ils ne sont pas, l’un et l’autre, sur un plan d’égalité. Au geste du peintre, dont la force nous est suggérée par l’assurance qu’il démontre, le cinéaste oppose, de manière spirituelle, ses gesticu- lations. Il se place en admirateur de Cour- bet, humble face à ce génie qui balaie tout sur son passage, comme on le voit. Mais il LA PRESSE Dans une immense usine désaffectée, le cinéaste François Royet LA TOURMENTE Frédéric Strauss , critique à Télérama 13
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