François Royet, réalisateur
Arrêté le 31 août 1941, il fut jugé et condamné par le tribunal du peuple. Il passa alors de prison en prison où il fut torturé. Son calvaire se termina à Dachau où il fut exécuté dans des conditions mystérieuses le 5 avril 1945, un mois avant l’armistice. Durant sa déportation, Jean Daligault continua à peindre dans des conditions plus que précaires. Pour support, il disposait de petits carrés de papier journal ; les couleurs, il les fabriquait avec ce que l’on peut récupérer dans une cellule : le blanc du savon, le vert et le noir des salissures et des moisissures grattées au mur… C’est avec la soupe collante et infecte distribuée chaque jour qu’il mélangeait ses couleurs. C’est là, dans l’enfer de l’enfermement et du désespoir que Jean Daligault devint le grand peintre qu’il désespérait d’être à l’époque de la liberté. Il nous donne une œuvre inconnue, éparse et incomplète d’une très grande force évocatrice. Une œuvre qui dit : oui cela a existé, qui accuse l’homme de tout ce qu’il a fait de mortel mais en même temps qui témoigne de l’ingéniosité, de la permanence de l’esprit de l’être humain dans les conditions les plus invraisemblables d’oppression. Ce film met en évidence la formidable volonté d’espérer, d’exprimer et de témoigner d’un homme. Le parti pris du réalisateur est celui de suggérer plus que de montrer par des gros plans et sans discours aucun, l’enfermement, la violence puis la fabrication méthodique des supports, des couleurs, en un mot comment Jean Daligault faisait pour peindre dans un univers hostile où l’essentiel restait hypothétique. CRAYON, TERRE, SAVON ET ROUILLE SUR FOND DE JOURNAL Toutes les personnes qui ont connu Jean Daligault s’accordent à dire que ce curé était un drôle de paroissien ! Bon vivant, ne dédaignant pas la bon- ne chère, passionné de littérature, de sciences et d’arts plastiques, il se met à peindre et même à écrire dès l’âge de 18 ans. Au tout début de la guerre, l’abbé bohème et rêveur devient résis- tant. Il est fait prisonnier en 1941. Il sera abattu à Dachau en 1945. Malgré d’atroces souffrances : la maladie, la faim, la torture, Daligault continue à créer. Il se fait le témoin de la vie dans les prisons et les camps, mais il peint éga- lement des sujets religieux, utilisant tout ce qui lui tombe sous la main. Curieusement, c’est durant cette période qu’il trouve son style et devient véritablement peintre. C’est de l’artiste Daligault que parle le très beau film de François Royet. Un film dans lequel chaque plan est traité comme un tableau, où chaque image est admirable- ment construite. Le réalisateur joue tout autant avec les lignes qu’avec une lumière qui emprunte souvent au clair-obscur. Toute la force de ce film est dans la façon de suggérer plutôt que de montrer. Ce qui apparaît à l’image est la partie visible de l’iceberg et on sent très bien que la partie cachée est beaucoup plus terrible. La ban- de-son joue d’ailleurs le rôle de révélateur de ce que l’image ne fait qu’esquisser. Un film à la fois terrible et magnifique. Jean DALIGAULT, jeune prêtre, s’engagea très tôt dans la résistance. LA PRESSE LE ZIG , Gilbert Chagrot, avril 1999
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