François Royet, réalisateur
nerveux permet d’éviter l’ennui, les redites. Mais sa vraie réussite est d’avoir tiré – comme le danseur des détenus – une force constante des contraintes du milieu carcéral. Le floutage des visa- ges donne à l’ensemble la touche d’une œuvre abstraite colorée et parfaitement maîtrisée, évoquant l’art-vidéo. Cette œuvre, témoignage fort, laisse au spec- tateur le sentiment d’avoir participé à un travail sur son propre corps, la spon- tanéité, le respect de l’autre en impro- visation. « Un truc important dans l’im- pro , dit le danseur, c’est : j’assume ce que je fais. » Du bon ou du mauvais côté des barreaux, un bon viatique pour les jours de pluie. cellule. Il s’enfonçait, tête baissée, rasant les murs, tout le long du grand couloir désert qui menait à la porte ouverte de sa cellule… Sortir, reprendre normalement sa vie, conserver une cohérence dans tout cela devient vite de plus en plus difficile … Tu refuses de te définir comme un réalisateur “engagé”, or, quand on connaît ton travail, on se rend compte que tes sujets ne sont pas choisis par hasard : outre Intra-muros, tu as montré Daligault peignant dans un camp de concentration, tu racontes l’histoire de Courbet au moment où il participe à la Commune, tu tournes un documentaire sur les exclus… Très franchement, je fais des films parce que j’adore ça, c’est au fond la recherche d’un plaisir tout personnel, je ne pense pas que cela soit vraiment là la définition de l’engagement… Quant au choix des sujets, c’est d’abord ce qui me touche,me pose question oum’enthousiasme. Non, décidément je ne crois pas… Un filmqui serait un point de vue militant très efficace mais sans ces petits riens essentiels qui font du cinéma autre chose qu’un discours, une leçon ou l’exposition d’un point de vue, ne m’intéresserait absolument pas à tourner. J’admets que tant qu’à faire, et surtout vu le temps que j’y passe, je préfère travailler sur quelque chose d’un peu “consistant”que sur un sujet futile.Mais si j’arrive à rendre un sujet même léger, touchant, émouvant, sensible ou drôle, je suis dans ce qui m’intéresse,me fait vibrer. L’important étant, pour moi, de toucher. Alors c’est peut-être là que se trouve une part un peu «militante», dans le sens où je pense que si cette émotion peut ébranler quelques idées reçues, faire mieux comprendre un problème dans sa complexité, provoquer plus de tolérance ou faire qu’on juge moins à l’emporte-pièce une situation ou une personne, j’en suis ravi… J’ai trop de respect pour les gens qui sont engagés sur le terrain, tous les jours, dans la dure réalité, souvent sans aucune reconnaissance, pour penser que je suis «engagé». D’autre part, pour moi, le degré d’engagement d’un filmn’est jamais un critère d’évaluation. L’autre caractéristique de ton travail est une recherche esthétique, quel que soit le sujet traité, esthétique qui, loin de nuire au fond, l’enrichit… Je crois que cela rejoint quelque part ma réponse précédente… Ce n’est pas parce que c’est un sujet «difficile» qu’il faut s’interdire la recherche formelle, bien au contraire. Imagine un sujet comme celui-ci traité de manière morne et austère parce que la réalité de cet univers l’est… En tant que spectateur, il ne resterait plus alors qu’à se tirer une balle… 25
RkJQdWJsaXNoZXIy ODkyOTU=