François Royet, réalisateur

Intra-muros, mouvements ou comment l’art fait de nous des hommes proposer aux prisonniers de la maison d’arrêt de Besançon de s’exprimer dans la danse contemporaine. Ils trouvent ça débile, les prisonniers, puis ils essaient, ils se prennent au jeu, ils trouvent même ça beau et, tout à coup, surgit un imprévisible instant de grâce, un mouvement d’une infinie délicatesse. Du travail sobrement et patiemment tissé par le danseur Franck Esnée avec les détenus, François Royet a construit un film impressionniste. Paroles denses saisies au vol, pas de danse hésitants mais généreux, puis, en ellipses de couleur et de courbes mouvantes, un ballet inattendu, d’une extrême légèreté. Un film pudique, rigoureux, touchant, très travaillé, étonnamment beau. (Pierre Izibert) Il est extrêmement difficile de donner à voir, à ressentir et comprendre une expérience aussi profonde que celle d’un chorégraphe-danseur qui se col- tine jour après jour l’âpreté et la froi- deur du monde carcéral, pour y faire surgir l’art. Pendant cinq ans, à raison d’une semaine chaque mois, Franck Esnée a travaillé à la maison d’arrêt de Besan- çon où il a progressivement fait fondre la glace de l’enfermement en jouant avec la vérité du lieu. Son engagement humain et artistique est total, son travail magnifi- que. François Royet a subtilement, magis- tralement filmé l’expérience du début à la fin en faisant ressortir le tempo, la force et la beauté, sur une musique de Bernard Montrichard. Un trio d’exception pour une œuvre qui touche en profondeur. On y voit l’artiste et ces hommes dont on veut faire des animaux en cage, leur souf- france murée dans ce monde clos où l’on se verrouille et où l’on s’affronte, se battre, ensemble, pour creuser la matière comme le sculpteur creuse la pierre et dégrossir à petites touches, insensiblement, pour aller vers la finesse la plus grande possible, l’im- palpable justesse de la relation, du mou- vement, du geste, du contact. Un contact qu’on peut croire impossible en ce lieu. Jusqu’à retrouver la sensibilité qu’on ne montre jamais, ici. La grâce qu’on aurait pu croire à jamais perdue, l’entièreté de l’homme qui était là, cachée derrière le masque et la posture du réprouvé. Une extraordinaire leçon d’humanité et de beauté du geste. L’art, nous le pensons, ne trouve sa puis- sance qu’en se frottant à la difficulté de nos vies, pour en faire jaillir la force, le sens, la fulgurance. Il est peu fréquent de le ressen- tir à ce point. LA PRESSE mouvements NTRA-MUROS au départ, une gageure : REVUE CASSANDRE 23

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